Le nom de la Rose
1986 – Allemagne de l’Ouest / France / Italie
Fiche technique
Réalisé par Jean-Jacques Annaud
Scénario d’Andrew Birkin, Gérard Brach, Alain Godard, Howard Franklin, d’après le roman d’Umberto Eco
Musique de James Horner
Avec Sean Connery, Christian Slater, Mickael Lonsdale
Durée : 2h12
Synospis :
Nord de l’Italie, 1327. Le moine franciscain Guillaume de Baskerville et son novice Adso arrivent dans une abbaye isolée pour un débat théologique, mais découvrent rapidement qu’une série de morts mystérieuses sème la peur parmi les moines. Tandis que certains y voient l’œuvre du diable, Guillaume mène une enquête rationnelle et établit un lien entre les victimes et la vaste et labyrinthique bibliothèque de l’abbaye jalousement gardés par quelques initiés. Avec Adso, il découvre qu’un livre rare, aux pages empoisonnées, est au cœur de l’affaire. La situation se complique avec l’arrivée de l’inquisiteur Bernard Gui, chargé de faire la lumière sur ces événements, mais qui impose une justice expéditive, accusant d’hérésie et de sorcellerie plusieurs innocents. Finalement, Guillaume identifie le coupable : un vieux moine aveugle qui voulait empêcher la diffusion d’un texte d’Aristote sur le rire, qu’il jugeait dangereux pour l’autorité de l’Église. La confrontation finale déclenche un gigantesque incendie qui détruit la bibliothèque. Guillaume et Adso quittent l’abbaye, profondément marqués, entre quête de vérité et perte d’innocence.
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Contexte historique
Alors que triomphe la féodalité dans l’Europe médiévale, les débuts du XIVᵉ siècle sont marqués par d’importantes tensions idéologiques au sein de l’Eglise avec, en particulier, une confrontation entre bénédictins et franciscains ne prenant pas la forme d’un conflit direct et continu, mais plutôt d’une opposition de modèles spirituels. Les bénédictins incarnent une tradition ancienne, fondée sur la stabilité, la vie communautaire et une certaine richesse matérielle. Installés dans de puissantes abbayes, ils jouent un rôle central dans la conservation du savoir et l’organisation religieuse locale. Leur mode de vie repose sur un équilibre entre prière, travail et gestion de leurs domaines. À l’inverse, les franciscains, ordre plus récent, défendent un idéal de pauvreté radicale inspiré de François d’Assise. Ils vivent au contact des populations, prêchent en ville et critiquent implicitement les excès de richesse du clergé. Cette vision les place parfois en tension avec des ordres plus établis, dont les bénédictins, perçus comme éloignés de l’idéal évangélique de simplicité Au début du XIVᵉ siècle, ces divergences s’inscrivent dans des débats plus larges sur la pauvreté de l’Église, notamment autour de la question de savoir si le Christ et les apôtres possédaient des biens. Les franciscains les plus radicaux soutiennent une pauvreté absolue, ce qui suscite des réactions de la papauté et d’autres ordres, soucieux de préserver l’équilibre institutionnel de l’Église. Par ailleurs, cette querelle théologico-philosophique à propos des textes de l’Antiquité à travers le manuscrit d’Aristote préfigure en quelque sorte la redécouverte des auteurs gréco-romains qui déboucheront, le siècle suivant, sur l’Humanisme de la Renaissance.
Contexte de production
Adaptation du roman culte et philosophique de l’université italien Umberto Eco, Le nom de la rose marque une tournant majeur dans la manière de représenter le Moyen-Âge à l’écran. A l’orée des années 80, les grandes fresques historiques en Cinémascope qui ont fait l’âge d’or d’Hollywood ne sont plus qu’un lointain souvenir. Les studios n’ont plus les moyens d’investir autant dans des projets qu’ils jugent risqués et, d’une manière générale, l’Histoire n’a plus la cote dans les salles obscures, le regard des spectateurs étant plutôt tourné vers les aventures spaciales et les exploits militaires de héros à la masculinité exacerbée. Le passé est désormais l’apanage de productions indépendantes, plus sélectives dans leur sujet et moins exigeantes en financements. En 1984, lorsque le réalisateur français Jean-Jacques Annaud, lauréat de l’Oscar du Meilleur film étranger en 1977 pour La victoire en chantant et auréolé du succès mérité de La guerre du feu, décidé de transposer à l’écran l’enquête hermétique, spirituelle et ténébreuse imaginée par Eco dans son roman consacré à l’univers monastique et à la scolastique médiévale, il reçoit un accueil plutôt froid de la part des producteurs. Et pourtant, son projet va renouveller profondément notre regard sur les temps médiévaux. Passionné et érudit, Annaud opte pour une approche réaliste, voire anthopologique du monachisme médiéval. Conseillé par de grands historiens spécialistes du Moyen-Âge comme Jacques Le Goff et Michel Pastoureau, le réalisateur se plonge dans l’étude de l’epistémologie religieuse, cherche à retrouver l’exactitude des couleurs, des gestes et des symboles, des rapports sociétaux entre les différents ordres et, plus généralement, à restituer un climat, une atmosphère particulière à travers le traitement de la lumière et l’aménagement des décors.
Anecdotes
Paru en 1980 et récompensé par le Prix Médicis Etranger en 1982, Le nom de la Rose d’Umbert Eco s’est immédiatement imposé comme un best-seller puis un classique contemporain. L’originalité de son intrigue autant que les débats philologiques dont les protagonistes se font l’écho n’ont cessé de fasciner et d’inspirer les artistes. Si le « palimpseste du roman d’Umberto Eco » mis en scène par Jean-Jacques Annaud (tel qu’il est mentionné dans le générique du film) demeure l’adaptation la plus connue, on peut également citer la transposition du roman en une mini-série italienne de 8 épisodes réalisée en 2019 par Giacomo Battiato avec John Turturro, Damian Hardung et Rupert Everett dans les rôles principaux ainsi qu’une somptueuse novelisation graphique signée Milo Manara, le roi de la bande-dessinée érotique en 2023.
