La guerre d’Indépendance américaine
en films
Le 2 juillet 1776, les représentants des treize colonies britanniques d’Amérique du Nord réunis à Philadelphie autour de grandes figures comme John Adams, Roger Sherman, Robert Livingston, Thomas Jefferson et Benjamin Franklin rédigent un texte proclamant l’autonomie de leurs territoires par rapport à la Couronne anglaise du roi George III. Deux jours plus tard, le 4 juillet, la Déclaration d’indépendance américaine est adoptée par le Congrès et signée par son président John Hancock. Cet acte philosophique et politique sans précédent, issu du refus de l’inégalité civique et fiscale qui caractérise les sociétés coloniales d’Ancien régime, pose les bases d’une nouvelle vision de l’Homme et contribue à diffuser à travers le monde un idéal démocratique qui débouchera quelques décennies plus tard sur la Révolution française. Mais la promulgation de ce texte fondateur des États-Unis marque également le paroxysme d’une confrontation qui a commencé bien des années plus tôt, avec la Tea Party de Boston en 1773 et la révolte des colons, usés par la Guerre de Sept ans, contre les abus des troupes royales et le manque de représentation politique : la Guerre d’indépendance américaine. Riches en batailles et actes de bravoures, ce cycle de violence emporta toute l’Amérique du Nord, des premières escarmouches des miliciens à la victoire de Yorktown remportée avec le soutien des troupes françaises menées par Rochambeau.
Le Cinéma muet américain, bientôt relayé par un Hollywood naissant, fait la part belle aux exploits des pionniers de la Révolution à travers de nombreux métrages courts, exploitant le potentiel narratif et surtout patriotique de ce conflit à la portée universelle. En 1905, The Spirit of ‘76 produit par l’American Mutoscope & Biograph Co. donne vie au célèbre tableau du même nom peint par Archibald Willard en 1876 et à son trio composé d’un joueur de fifre et de deux tambours en marche sur le champ de bataille. Trois ans plus tard, The Boston Tea Party d’Edwin S. Porter évoque le xxxxxx événement et rend hommage aux rebelles à l’initiative de la grande révolte à venir. L’année suivante, Washington under the American Flag / The Life of George Washington de James Stuart Blackton évoque les grands faits d’arme du général de la bataille de Bunker Hill à la capitulation du général Cornwallis et à son élection à la présidence. Parmi les cinéastes ayant illustré un épisode de la Guerre d’indépendance, on citer David W. Griffith avec 1776 or The Hessian Renegades avec Mary Pickford en 1909 ou Alice Guy-Blaché avec A Revolutionary Romance en 1911. Les studios français ne sont d’ailleurs pas en reste avec la production de formats courts comme La Guerre de l’Indépendance américaine produit par les Films Eclair en 1912 ou Les Patriotes de 1776, sorti la même année.
Avec l’allongement devenu possible de la durée des films dans les années 20, les récits prennent une ampleur plus conséquente. En 1924, presque 10 ans après le sulfureux Naissance d’une nation, David W. Griffith xxxxx avec America, une fresque de presque trois heures illustrant les hauts faits de la guerre d’Indépendance à travers diverses vicissitudes familiales et l’histoire d’un couple.
Inspiré du recueil de témoignages publié en 1951 par Arata Osada : Les Enfants de la Bombe A : Testament des garçons et des filles d’Hiroshima et réalisé à l’initiative de l’Union Japonaise des Enseignants (UJE), Les enfants d’Hiroshima de Kaneto Shindo (1952) est la première œuvre à mettre en image l’explosion de la bombe sur Hiroshima. Malgré son souci de réalisme et une efficace intégration des images d’archives, le film déçoit par sa dimension mélodramatique et son refus d’afficher un réel point de vue politique.
Henri Fonda et Clodette Colbert dans "SUR LA PISTE DES MOHAWKS" de John Ford (1938)
L’année suivante, l’UJE confie à Hideo Sekigawa la réalisation d’Hiroshima, une nouvelle version du film de Shindo plus engagée et pacifiste dans laquelle le réalisateur met en cause l’administration américaine occupante accusée d’avoir utilisé les victimes comme cobayes avec la complicité des autorités nippones. Regards apeurés tournés vers le ciel, flash lumineux, dévastation nébulaire, ces deux films mêlant fiction et documentaire contribuent à fixer sur grands écran les éléments constitutifs de ce qui deviendra le point de vue des Japonais sur cette apocalypse nucléaire et pose les bases d’un appel à la Paix qui deviendra un mot d’ordre.
Adaptation animée du manga culte de Keiji Nakazawa sortie en 1983, Gen d’Hiroshima de Mori Masaki raconte le quotidien d’un jeune enfant confronté aux terribles conséquences sociales et humanitaires de la catastrophe dans un Japon à l’aube de la Reconstruction. Profitant des possibilités esthétiques permises par l’animation, le film décrit visuellement pour la première fois, de manière particulièrement crue et réaliste, la destruction des corps par les vagues de radiations (ébullition des tissus humains, explosion des organes ou encore délitement de la peau) dans une séquence dont l’horreur reste gravée dans les mémoires.
En 1961, c’est la France qui s’empare du thème à travers l’engagement héroïque du Marquis de La Fayette aux cotés des insurgés et sa participation déterminante dans la bataille de Yorktown qui décida du sort de la guerre en juin 1781. Désireux de concurrencer Hollywood dont les superproductions, en particulier sur la Seconde guerre mondiale, ne cessent de souligner l’importance de l’intervention américaine dans la Libération, Jean Dréville met en scène un biopic ambitieux et confie à Michel Le Royer (connu pour ses rôles dans des séries historiques de l’ORTF comme Le Chevalier de Maison rouge ou Corsaires et flibustiers) le rôle de l’aventurier révolutionnaire. De son lobbying à Versailles pour inciter le roi Louis XVI à soutenir les rebelles à sa victoire sur le général anglais Cornwallis, le film brosse un portrait exemplaire de cet aristocrate épris de l’esprit des Lumières mais le film reste cependant ancré dans l’esthétique très codifiée du Film de Cape et d’épée à la Française des années 50.
Michel Le Royer est La Fayette dans "LA FAYETTE" de Jean Dréville (1962)
Propices à toutes les excentricités et attirées par les sirènes de la contre-culture ainsi que la remise en question du discours étatique et unioniste, les années 70 boudent cette guerre sacrée devenue le symbole de l’hypocrisie du système démocratique américain.
Parmi les rares oeuvres à évoquer cette période, on remarquera l’étonnant 1776 réalisé en 1972 par Peter H. Hunt. Adaptant à l’écran son propre spectacle musical, ce metteur en scène de Broadway signe le recit, tout en chansons et en numéros de danse improbables, des événements, manoeuvres et intrigues ayant mené à la signature de la Déclaration d’Indépendance le 4 juillet. Autre production des années 70 qui attirera la curiosité des cinéphiles : Independence de John Huston, un court-métrage de 30 minutes commandé au réalisateur par le National Park Service et destiné aux visiteurs du Philadelphia’s Independence Mall. Dans cet opus méconnu de la filmographie de Huston à la narration didactique et à la grande élégance visuelle, Ken Howard retrouve le rôle de Thomas Jefferson qu’il avait déjà incarné dans le film 1776, aux côtés de Patrick O’Neal en George Washington et Eli Wallach en Benjamin Franklin. On n’insisterai pas trop non plus sur Spirit of Seventy Sex de Stu Segal, parodie pornographique bricolée en 1976, à l’occasion du bicentenaire des États-Unis.
Ken Howard (à gauche) en Thomas Jefferson dans "1776" de Peter H. Hunt (1972)
Mais au-delà du simple récit des événements, le 7ème Art contribue également à enrichir le débat sur l’héritage du 6 août 1945, entre mémoire et résilience. Dans Hiroshima, mon amour, adaptation du roman de Marguerite Duras réalisée en 1959 par Alain Resnais, le réalisateur de Nuit et brouillard filme la relation fusionnelle et éphémère entre une jeune actrice française interprétée par Emmanuelle Riva et un architecte japonais dont la famille a péri dans le bombardement, invitant le spectateur à une réflexion sur la rencontre, la Mémoire, la morale et l’humanité.
Plus récent, Lumières d’été de Jean-Gabriel Périot, co-production franco-japonaise sortie en 2017, se penche sur le pouvoir de la parole et la place du Cinéma dans le processus de résilience des survivants à travers l’enquête d’un jeune réalisateur parti à la recherche des derniers témoins du drame.
Alors que James Cameron se prépare à adapter The Last Train From Hiroshima, le roman de Charles Pellegrino sur les survivants des bombardements (sous le titre Ghosts of Hiroshima), la tragédie d’Hiroshima n’en finit pas de hanter notre mémoire et d’inspirer les futures générations de cinéastes.
